top of page

Parfum de Pensées

Il arrive que certaines œuvres naissent bien avant leur apparition. Elles traversent les années, changent de forme, se déplacent d’un médium à l’autre.

Ce carnet rassemble des fragments de pensée, des correspondances entre musique et peinture, des notes sur l’écriture, des traces laissées par des œuvres en devenir.

On y croise parfois un opéra attendu trente ans, un aphorisme devenu image, ou une couleur surgie d’une phrase musicale.

Rien d’achevé ici. Seulement des passages.

1. De l’opéra à la peinture : comment “L’Infini couleur” a précédé les tableaux de Dominique Dupray

Dominique Dupray dirigeant Les Eléménets

De l’opéra à la peinture : comment “L’Infini couleur” a précédé les tableaux de Dominique Dupray

      En 1982, Dominique Dupray commence à composer. Autodidacte, influencé par le romantisme allemand et le symbolisme français, il développe progressivement un langage musical personnel, orienté vers la musique contemporaine atonale.

     Son premier drame lyrique, L’Infini couleur, raconte l’histoire d’un peintre détruit par le sentiment d’échec. Incapable de réaliser son œuvre maîtresse — une toile rêvée qu’il nomme “l’Infinie Couleur” — il s’enfonce dans le doute et la frustration. L’opéra explore les moteurs intimes de la création : le désir, la lutte intérieure, la peur de ne pas être à la hauteur de sa propre vision. Un charme le transporte sur une toile vierge où l’œuvre tant fantasmée prend forme. Il devra affronter ses propres résistances pour lui donner naissance.

      À l’époque, Dominique Dupray n’est pas peintre. Pourtant, près de trente ans plus tard, en 2011, il prend les pinceaux.

     Ce passage de la musique à la peinture n’est pas une rupture. Il apparaît plutôt comme un prolongement naturel. Les lignes deviennent visibles. Les rythmes s’inscrivent dans l’espace. Les courbes se déploient comme des legato. La toile, autrefois imaginée dans la fiction lyrique, devient un territoire réel d’exploration.

     Aujourd’hui en Seine-Maritime, Dominique Dupray développe une œuvre picturale structurée, souvent de grands formats, où la géométrie organise la tension et le mouvement. Animaux, villes et situations prennent place dans des compositions construites comme des partitions.

       On pourrait dire que la peinture est venue répondre à une question posée en musique trente ans plus tôt.

        L’Infinie Couleur n’était peut-être pas seulement une œuvre fictive. Elle annonçait déjà un déplacement, une transformation. La création ne disparaît jamais ; elle change simplement de support.

Musique contemporaine et peinture géométrique : le rythme visible de Dominique Dupray

   Chez Dominique Dupray, compositeur de musique contemporaine installé en Normandie, la peinture n’est pas une seconde pratique : elle est une extension du langage musical.

   Ses toiles révèlent ce que sa musique met en tension : la ligne, le rythme, l’architecture.

   Comme dans "Rendez-vous manqué" où une ville stylisée se déploie en plans angulaires et en perspectives abruptes, les immeubles semblent basculer, les façades se découpent en masses géométriques vert sombre, bleu nocturne et vert d’eau. Des cercles orange apparaissent comme des points d’accent — presque des frappes percussives dans l’espace pictural. La lumière ne caresse pas : elle tranche. Les diagonales fonctionnent comme des attaques sonores.

   Cette organisation rappelle l’écriture atonale : pas de centre stable, mais des tensions organisées. Les aplats colorés agissent comme des blocs sonores. Les verticales blanches au centre de la composition pourraient être comparées à une montée orchestrale, une poussée continue.

    Dans "Sirène en Métamorphose", par exemple, le rythme devient plus organique. Les formes se croisent, s’emboîtent, se superposent. Les corps stylisés, les fragments architecturaux et les éléments graphiques semblent pris dans un mouvement tourbillonnant. Les couleurs — rose soutenu, turquoise, vert acide, orange vif — créent des contrastes dynamiques proches d’un contrepoint musical.

      Ici, la géométrie n’est pas froide. Elle pulse.

    Les diagonales agissent comme des lignes mélodiques. Les répétitions de motifs circulaires évoquent des cellules rythmiques. Les vides colorés fonctionnent comme des silences structurants. Comme dans une partition contemporaine, la tension ne cherche pas la résolution classique : elle maintient l’équilibre dans l’instabilité.

     On retrouve dans ces peintures l’influence du futurisme et du cubisme : fragmentation, multiplicité des points de vue, sensation de mouvement. Mais chez Dominique, cette fragmentation est toujours organisée par une logique musicale.

   Ses tableaux se lisent presque comme des partitions visuelles.

      Les traits rappellent les portées.
      Les courbes évoquent des legato.
      Les aplats fonctionnent comme des masses orchestrales.

      La ville devient un accord.
      Le corps devient une phrase.
      La couleur devient timbre.

     Depuis 1982, Dominique Dupray compose une musique contemporaine atonale marquée par la recherche du rythme et par une tension expressive. En 2011, lorsqu’il prend les pinceaux, il ne change pas de langage : il change de support. En Seine-Maritime, dans son espace d’exposition permanent, la continuité est visible : partitions et toiles prolongent une même exploration formelle.

      Entre musique contemporaine et peinture géométrique figurative, il ne s’agit pas d’un dialogue entre deux arts, mais d’une seule pensée qui circule.

     Le son devient couleur.
     La couleur devient rythme.

Qu’est-ce que la musique contemporaine atonale ?

(et comment l’aborde Dominique Dupray, compositeur contemporain

La musique contemporaine atonale est souvent perçue comme complexe, voire déroutante. Pourtant, elle repose sur une intention claire : s’affranchir du système tonal traditionnel pour explorer d’autres formes d’organisation sonore.

Dans la musique tonale classique, les œuvres s’articulent autour d’un centre harmonique stable (une tonalité). Les tensions musicales cherchent généralement une résolution. La musique contemporaine atonale, elle, ne s’organise plus autour d’un centre unique. Elle explore des équilibres instables, des tensions prolongées, des contrastes de timbres et de rythmes.

 

Une autre manière d’organiser le son

Être compositeur contemporain dans le champ atonal ne signifie pas renoncer à la structure. Au contraire : l’architecture devient encore plus essentielle : les éléments fondamentaux sont le rythme, la couleur orchestrale, la densité sonore avec ses contrastes et ses silences.

Dans ce type d’écriture, le silence n’est pas une absence : il est une respiration. La tension ne cherche pas forcément à se résoudre : elle crée un espace d’écoute.

 

La musique contemporaine atonale de Dominique Dupray

Dominique développe une écriture personnelle. Progressivement, son langage s’est orienté vers une musique contemporaine atonale où la ligne mélodique devient tension, les masses sonores structurent l’espace, et l’émotion passe par l’intensité plutôt que par la résolution harmonique.

Ses opéras, ses œuvres orchestrales et, plus récemment, ses œuvres lyriques, pages « parfums lyriques » témoignent d’une recherche constante sur le rythme et l’énergie intérieure.

 

Une musique de construction

Dans la musique contemporaine atonale, la beauté ne vient pas d’une mélodie immédiatement mémorisable. Elle naît de la construction et, comme dans l’architecture ou dans la peinture géométrique, il s’agit d’organiser des forces. Depuis plus de 40 ans, et à présent depuis la Normandie, Dominique poursuit cette exploration affirmant une position indépendante de compositeur contemporain attaché à la rigueur formelle autant qu’à l’intensité expressive.

Giboulées de graisse sur une chaîne de m
Vidéo d’art contemporain mêlant figures humaines et abstraction géométrique, œuvre de Dominique Dupray, artiste en Normandie
bottom of page